Centenaire de la loi de séparation des Eglises et de l'Etat
Association - Valeurs - Valeurs - Actions - Documents - Europe - Médias - Liens - Forum - Contact

Histoire

Commentaire de texte

l'instruction morale à l'école

La Dépêche (8 juin 1892)

Discours aux instituteurs de Toulouse

I - Actualité d'une morale laïque à l'usage des enseignants.

L'actualité de cette morale laïque de 1892 à l'usage des instituteurs toulousains apparaît évidente par sa capacité à répondre aux trois défis lancés à l'Ecole républicaine et commentés par Henri Péna-Ruiz. En effet, pour l'auteur de Dieu et Marianne, dans cette nouvelle France multiconfessionnelle, le pluralisme des options spirituelles peut, en effet, exister selon trois modalités : le conflit ouvert, la coexistence exclusive en forme d'apartheid, la diversité sur fond d'espace civique commun. Le premier cas de figure est celui des guerres de religion, le second celui de la mosaïque des communautarismes juxtaposés parfois rebaptisée "Démocratie des identités", le troisième celui de la république laïque, qui donne un statut juridiquement privé à l'expression individuelle ou collective des particularismes spirituels et religieux. La solution laïque permet quant à elle d'affirmer l'idée d'un monde commun aux hommes sans nier leurs "différences", mais en les assignant à un statut qui assure leur coexistence. Il s'agit également de rendre désormais impossible toute hiérarchisation des options spirituelles, comme toute captation de la sphère publique.

La laïcité ne se réduit ni à une simple sécularisation des fonctions civiles, ni au cadre juridique minimal par lequel ses adversaires voudraient la redéfinir, lui déniant ainsi tout ancrage dans des valeurs positives d'accomplissement humain. Elle entend promouvoir ce qui unit ou peut unir tous les hommes, à savoir une loi commune qui les laisse libres de définir leur éthique de vie et leur démarche spirituelle, ainsi qu'une culture ouverte à l'universel, susceptible d'émanciper la capacité de jugement autonome en l'exerçant méthodiquement et en lui fournissant des références non partisanes. Droit républicain et école laïque sont à cet égard décisifs.

Laïcité et liberté individuelle.

Ainsi compris, le souci d'assurer l'existence d'un espace civique, de concorde et de raison en acte, n'implique nullement la promotion d'un consensus idéologique qui confondrait l'accord sur les conditions du débat et l'adhésion à une même thèse. Seule compte la volonté de fonder l'exercice de la citoyenneté sur une universalisation de la puissance du jugement. C'est dire que la république laïque ne craint pas, mais appelle bien plutôt, l'esprit critique. Pour Henri Péna-Ruiz nous sommes aux antipodes d'une communauté qui ne favorise la solidarité qu'en assujettissant les consciences. La laïcité ne confond pas non plus l'idéal d'une libre discussion avec la généralisation du relativisme : la distinction entre croyance et connaissance doit rester bien marquée, sauf à inaugurer un nouveau type d'obscurantisme, et à faire le lit de nouvelles tyrannies.

La laïcité procède bien d'un véritable humanisme critique, impossible à confondre avec une hostilité de principe à la religion. Généreux pari sur la liberté et les lumières, elle entend faire des acteurs de l'espace public des hommes déliés, maîtres de leurs pensées, affranchis de toute tutelle, détenteurs d'une raison "devenue populaire" selon le mot de Condorcet. 

Le problème de la "construction identitaire".

Dans ses réflexions sur le nouveau contexte philosophique d'une morale laïque pour une France multiconfessionnelle en contraste avec le choc manichéen entre les catholiques et les républicains dont Jaurès est le témoin engagé, Henri Péna-Ruiz insiste sur un enjeu majeur d'une morale laïque ignorée par Jaurès en 1892 : le problème de la construction identitaire. Pour ce philosophe de la laïcité contemporaine, dans la construction de leur "identité", de tels acteurs doivent pouvoir disposer des références spirituelles, religieuses ou non, et non être déterminés par elles, ce qui arriverait assurément si on reconnaissait des communautés au lieu de s'en tenir au droit des individus. Une union qui délie n'a pas à consacrer de telles communautés sous prétexte de "rouvrir à la différence", car elle risque alors de promouvoir l'ascendant de la mise en tutelle communautariste sur la dimension émancipatrice de la loi républicaine. Nombreuses sont les jeunes lycéennes qui aujourd'hui se réjouissent de ce que la loi du père ne règne pas dans l'école républicaine où elles choisissent de se rendre tête nue, non voilées. Faut-il ne tenir pour rien leur liberté ainsi affirmée, et leur ôter l'appui d'une loi fondatrice qui préserve les lieux publics d'instruction et d'éducation des stigmatisations selon le sexe, la religion, ou l'appartenance politique ?

Jean Zay, ministre du Front Populaire, avait déjà souligné, dans un texte du 15 mai 1937, curieusement "oublié" par le Conseil d'Etat, dans le recensement très sélectif des références de droit qu'il a effectué concernant la laïcité, les problèmes que peut poser la "liberté de manifestation" des appartenances dans l'espace scolaire. D'abord, confusion est faite entre des élèves mineurs, dont il s'agit de promouvoir une autonomie à venir, et des êtres majeurs, alors que dans le même temps, et contradictoirement, on insiste sur le "droit des familles" à faire valoir leurs propres normes.

Ensuite, la sérénité de l'espace scolaire, liée à son indépendance à l'égard des groupes de pression, se trouve compromise par la possibilité ainsi reconnue de faire relayer par les élèves les querelles des adultes. Enfin, la consécration des signes d'appartenance dans l'école tend à induire des attitudes de cristallisation et de fermeture d'esprit nuisibles à l'émancipation, puisque le registre de l'opinion s'y présente d'emblée comme celui du dominé au lieu d'y être saisi comme celui de ce qui est à construire par la réflexion éclairée. Ces trois raisons rendent manifeste le risque d'une banalisation du lieu scolaire, de son absorption dans les tourments et les servitudes de la société civile, au mépris de sa mission émancipatrice et de la puissance d'accès à l'universel qui constitue sa source et son horizon.

Laïcité et justice sociale.

En faisant ainsi le pari d'une liberté individuelle confortée par le droit, la laïcité n'épouse-t-elle pas les illusions de l'abstraction juridique et de l'individualisme qui en est le corollaire ? De fait, au regard des rapports économiques et sociaux qui conditionnent concrètement les individus, l'autonomie dont les crédite le droit peut paraître bien abstraite, puisqu'elle se proportionne à la puissance d'agir dont ils disposent effectivement. Un tel constat appelle une émancipation appropriée, qui est d'ordre social. Il ,e met pas en cause le principe qui fait de l'individu l'instance de référence du droit laïque, mais seulement l'adéquation de ses conditions d'existence à la possibilité de son accomplissement. L'idée républicaine de bien commun, qui articule les droits sociaux et la solidarité redistributive, permet de réaliser l'humanisation sociale de la gestion des gains de productivité. Elle est aujourd'hui essentielle pour rendre crédible l'autonomie de chaque citoyen, car elle lui donne chair et vie.

Une telle problématique met l'accent sur les véritables causes de la misère du monde. Elle permet d'éviter l'erreur de diagnostic qui consiste à imputer à la laïcisation le désenchantement entendu comme naufrage du sens et de l'idéal. Les religions ne représentent d'ailleurs qu'une figure parmi d'autres de la vie spirituelle, et il convient de rompre avec le préjugé qui leur en attribue le monopole.

Pour Henri Péna-Ruiz, on ne peut donc confondre les registres d'émancipation, ni consacrer publiquement un "rôle social des religions", qui représenterait le "supplément d'âme d'un monde sans âme". C'est pourtant la figure qui se dessine sous nos yeux, dès lors que se trouve fatalisée la déshérence sociale produite par le capitalisme débridé, assortie de la vogue humanitariste. A l'opposé d'une telle figure, laïcité et justice sociale vont de pair, selon une conjonction forte de l'émancipation républicaine et de la démocratie sociale, que soulignait déjà Jaurès.

II - Le contexte philosophique et religieux d'une morale moderne.

La laïcisation des écoles catholiques (1880-1905).

retour à la rubrique "Histoire"

Pour tout problème de consultation, écrivez au webmestre

Site web de l'association Laïcité 2005 - Association Loi 1901 - 5 rue de l'Orient - 31000 TOULOUSE - Mise à jour :
6 mai 2005