Commentaire de texte
l'instruction morale à l'école
La Dépêche (8 juin 1892)
Discours aux instituteurs de Toulouse
IV - Les huit thèmes d'une morale néo-kantienne et républicaine.
La rupture idéaliste de l'éducation "contour donné à l'infini des âmes".
Il est clair, que pour Jaurès, ces hautes missions des instituteurs dans la formation de l'enfant en citoyen de la République dominée par les catholiques trouvent leur fondement dans une Raison pratique articulée sur une métaphysique de l'homme, de l'âme, de la cité, des institutions modernes ; raison politique surtout inspirée par une eschatologie chrétienne sécularisée en vision de la marche de l'Humanité régénérée vers la cité idéale de vérité et de justice.
IV - Les huit composantes de la morale laïque de 1892.
1 - Celle-ci se définit par trois idées : elle est adogmatique, elle est laïcisée de toute croyance préalable. Elle se fonde sur les Devoirs au sens Kantien d'impératif catégorique.
Elle a une origine historique : la Révolution nationale de 1789. Elle sert d'âme aux nouvelles institutions politiques de l'an II.
2 - La finalité essentielle de cette morale laïque est de faire comprendre que cette âme des institutions républicaines pourra régler l'âme individuelle du citoyen.
3 - Le maître d'école en libre serviteur du Devoir sera le seul qualifié pour faire appliquer par ses élèves cette morale essentielle et naturelle sans la mutiler, sans altérer sa beauté, son inviolabilité, sa majesté qui sont aussi des attributs divins, spécifiques au sacré.
4 - Le paradoxe spécifique à l'humanité : l'être supérieur à l'homme c'est l'homme lui-même. L'homme moderne généré par la révolution nationale de 1789 est une auto-création, il peut se diriger vers l'homme supérieur moralement par ses vertus kantiennes et rationnelles de devoir, de désintéressement, de sacrifice de ses passions égoïstes exacerbées par l'individualisme des utilitaristes anglais légitimant une morale close de l'homo economicus théorisé par Ricardo et Bentham, faux héritiers des lumières anglaises.
5 - L'enseignement civique doit être le fondement de cette morale laïque, d'abord politique, ensuite individuelle, car la Révolution de 1789 n'a été une grande révolution politique que parce qu'elle a été d'abord une grande Révolution morale et culturelle. Elle a créé un homme nouveau régénéré par son évangile politique moral, la Déclaration des Droits de l'Homme, sacralisée puisque inoubliable sur le modèle américain de Jefferson et de La Fayette, les Bills of Rights des colonies anglaises de 1777.
6 - La seconde finalité de cette morale laïque : faire sentir à l'enfant que sa grandeur d'homme se construit, s'affirme par l'éducation de son âme, cet infini flottant qui lui tient lieu de conscience provisoire. Elle est le guide spirituel qui le conduit à l'idée de perfection morale par ses vertus, ou sainteté, ou kadosh des Hébreux soumis au Décalogue.
7 - La troisième finalité de cette morale laïque est la vision augustienne de la cité idéale, la société parfaite, terme du Progrès spirituel de l'homme et du citoyen de 1789, régénéré par ses vertus morales et civiques. Cette marche vers l'humanité parfaite est conditionnée par les guides spirituels, les grands esprits, les grands cœurs agents des révolutions morales.
8 - Le paradoxe suprême de cette morale laïque : elle devient le point de départ d'une reconquête métaphysique spirituelle, de rechristianisation des âmes.
V - Les non-dits : les bons usages implicites de la morale de 1892.
Michelet et Quinet : une morale vecteur d'une philosophie de l'Histoire post-hégélienne.
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rubrique "Histoire"